Les rythmes du mois et de l’année
Le temps de la liturgie catholique rythme le cours de l’année et ses grandes célébrations rappellent les événements de la vie du Christ, de la Vierge et de l’Eglise.
Pour nos ancêtres paysans, ce ne sont pas les jours de la semaine ou les mois qui fixent les événements à garder en mémoire, mais bien les saisons et les dates des grandes fêtes religieuses et celle du saint de chaque jour. Celles-ci font office de repères mentaux pour se situer dans le calendrier du mois et de l’année. Ainsi, dans leurs dépositions au cours d’un procès, ou dans leurs mémoires ou dans leurs livres de raison, les ruraux se situent presque toujours en fonction des saisons et des dates des fêtes du calendrier par exemple, à la Saint-Jean, pour la Saint-Michel, ou encore après la moisson.
Chaque fête impose alors le même tempo cérémonial qui débute la veille de la fête et qui consiste à respecter l’interdiction de travailler, l’obligation de la messe le matin et à répondre à l’invitation d’assister aux vêpres l’après-midi.
Durant l’année liturgique, chaque chrétien se doit d’assister à la messe les dimanches et les fêtes, sous peine d’être dénoncé au curé ou au vicaire. Toutefois, c’est plus la peur d’être damné qui pousse le paysan qui ne va pas à la messe à y aller... Car, le plus souvent, il craint plus l’enfer éternel que de la réprimande du curé ! Le repos dominical est obligatoire et doit être respecté. Chaque chrétien doit aussi se confesser et communier quatre fois par an, et au minimum une fois, à Pâques. Chaque jour, il doit réciter de longues prières : le matin, le Pater Noster, l’Ave, le Credo, les douze actes de la foi, de l’espérance et de la charité puis les dix commandements de Dieu et de l’Eglise ; le soir, les actes d’adoration, de remerciement et de contrition, ce dernier précédé d’un examen de conscience et de courtes prières pour le pape, évêque, le roi, les défunts et le repos de la nuit. Enfin, dans la journée, il doit aussi dire une courte prière avant et après chaque repas. À noter que des messes basses, célébrées par un vicaire, sont réservées aux domestiques et à tous ceux qui sont empêchés d’assister à la messe.
Le rythme de la semaine
La semaine est rythmée par le jour sacré du dimanche. En effet, à cause de la double obligation du repos dominical et de la messe du dimanche, nos ancêtres paysans vivent au rythme du défilé des semaines, c’est-à-dire d’un dimanche à l'autre. Comme le calendrier religieux est annoncé en chaire chaque dimanche, il est commode pour eux de se repérer en désignant les dimanches par les mots de l’introït chanté lors de la procession d’entrée de la messe du jour : par exemple, « le dimanche de Quasimodo » ou celui « de Reminiscere ».
Ainsi, selon l’Eglise, le dimanche appartient à Dieu, c’est le « jour du Seigneur ». Le dimanche étant sacré, le lundi et le mardi sont les jours préférés pour les cérémonies nuptiales, mais pas le mercredi car, selon les croyances, l’épouse sera infidèle. Enfin, le vendredi, jour de deuil et de jeûne en souvenir de la Crucifixion, est néfaste à toute entreprise, sauf à semer le lin le vendredi saint en référence à la tunique du Christ.
Le rythme de la journée
Dans les campagnes, les grands moments de la journée (angélus, matines, vêpres, complies) sont signalés par les cloches de l’église ou du monastère le plus proche qui scandent les heures canoniales, toujours précises et régulières : matines (vers minuit), laudes (vers 3 heures), prime (vers 6 heures), tierce (vers S heures), sexte (vers midi), none (vers 15 heures), vêpres (vers 18 heures) et enfin compiles (vers 21 heures).
Mais c’est bien la sonnerie de l’angélus, matin, midi et soir qui donne le rythme de la journée. Ainsi, la récitation des prières de l’angélus est devenue si commune que beaucoup de fidèles mesurent le temps par l’expression courante : « le temps d’un Pater et d’un Ave ».
Toutefois, comme la journée de travail d’un paysan court du lever au coucher du soleil, les ruraux continuent toujours à se repérer, la journée et par beau temps, selon le mouvement apparent du soleil, variable selon les saisons : par exemple, il fail « environ soleil levant », « environ midi », « environ soleil couchant ».
Enfin, dans tous les foyers, chaque journée est marquée par la récitation des prières du matin et du soir, par celle de l’angelus puis par le bénédicité, une prière de bénédiction d’action de grâce dite avant chaque repas.
Le rythme des heures
Autrefois, dans les campagnes, on vivait beaucoup plus tôt que de nos jours. On se levait et on se couchait avec le soleil. Ainsi on se levait vers 4 heures entre avril et octobre et vers 5 heures entre novembre et mars ; de même, on se couchait vers : 22 heures entre avril et octobre et vers 20 heures entre novembre et mars.
Au XVIIe siècle, l’article « Disner » du Dictionnaire de Furetière nous apprend que l’heure du dîner est différente suivant conditions sociales : ainsi, « les maçons disnent à 10 heures, les moines à 11 heures, le peuple à midi, les gens de pratique à 14 heures ». Le déjeuner est alors « le premier repas du jour, un léger repas qu’on fait le matin devant midi » et le disner « le repas qu’on fait vers le milieu du jour ». D’ailleurs, on ne parlait pas de l’après-midi mais plutôt de l’après-disner, c’est-à-dire de la pèriode de la journée « qui suit immédiatement le disner » et qui ; fat environ de midi à 17 heures. Le souper, vers 20 heures, est le « repas du soir », mais « les jours de jeûne, il est défendu de souper ». On parle aussi d’après-souper c'est-à-dire du « temps qui s’écoule depuis qu’on a soupé jusqu’à ce qu’on se couche ».
Il noter qu’avant le XVIIe siècle, les mots midi et minuit ne désignent pas des heures précises, comme aujourd’hui, mais la pleine lumière et la pleine chaleur pour le premier, puis la pleine nuit et la nuit noire pour le second. Enfin, « les chercheurs du midi sont ceux qui vont dans les maisons à midi pour tenter de dérober quelque chose, quand le couvert est mis ».
/image%2F7060309%2F20241106%2Fob_cad551_paysan-en-priere.jpg)