La vie quotidienne au XVIème siècle

L'époque de la Renaissance correspond à un renouvellement profond de la manière de vivre. Les goûts évoluent, des besoins nouveaux naissent. Mais les conditions de vie restent encore difficiles.

DANS LES RUES DES VILLES

Les rues gardent un aspect médiéval. Trois fléaux sévissent : la saleté, l’encombrement et l’insécurité.

ESSAIS D’ÉCLAIRAGE PUBLIC

Les excursions nocturnes se font la lanterne à la main. Les premiers essais de l’éclairage public ne commencent à Paris qu’en 1524. Un arrêt du Parlement y impose aux habitants des maisons dont la façade donne sur les rues d’y poser des lanternes garnies d’une chandelle allumée en dehors, après neuf heures du soir, pour se préserver des voleurs et des incendiaires. Cette mesure s'avère peu efficace contre les crimes nocturnes. L’ordonnance est donc renouvelée le 24 octobre 1525 et le 16 novembre 1526. Sans plus de succès, les mauvais garçons continuent à désoler la ville. Parallèlement, à Rouen, le parlement, à la date du 9 juillet 1524 rend un arrêt similaire : les habitants des maisons où il y a des fenêtres sur rue, de six maisons en six maisons, doivent chacun son tour allumer une chandelle à dix heures du soir jusqu’à quatre heures du matin. De même à Troyes, après le terrible incendie qui détruisit près de 3000 maisons, le conseil municipal prescrit l’éclairage des rues avec des lanternes et chandelles ardentes à deux pieds de distance des maisons. A Paris, en 1558, de nouvelles mesures sont prises pour essayer de réprimer ces désordres. Par un arrêt rendu le 29 octobre, la chambre du conseil ordonne que dans toutes les rues où le guet est établi, un homme veillera avec du feu et de la lumière « pour voir et escouter de fois à autre ».

Elle prescrit en même temps, d’allumer un falot au coin de chaque rue, ainsi qu'au milieu des plus longues d'entre elles depuis dix heures du soir jusqu’à quatre heures du matin avec pour objectif d'éclairer l'intégralité des espaces de circulation de la capitale. La période d'éclairage s'étend pendant quatre, puis cinq, puis six mois de l'année. Mais cela n’est que très peu suivi d'effet. La mesure est peu à peu abandonnée. Les rues de Paris restent considérées comme un coupe-gorge au milieu du XVIIe siècle.

HYGIÈNE ET SALUBRITÉ

Les étrangers venus en France, à la fin du XVIe siècle, déplorent tous la malpropreté de Paris. Pour Arnold van Buchel «Paris est très sale ; certaines rues, bien que pavées, sont toujours couvertes de boue ; l'odeur est si mauvaise que mes narines s'en étant imprégnées, pendant trois jours, je cessai dès lors de rien sentir ».

Pour Gregorio d’Ierni « II circule en toutes les rues de Paris un ruisseau fétide qui empeste l'air ; aussi est-on obligé de porter à la main des fleurs ou quelque parfum pour chasser cette odeur ».

Cette malpropreté est due à la fois aux comportements des habitants qui jetaient leurs déchets sur la voie publique ou dans les fossés, à l'insuffisance des services de nettoiement à la médiocrité du réseau d'égouts. Les rois de France successifs ont cherché à faire nettoyer les chaussées et enlever les immondices, sans grand succès. En 1506, Louis XII, décide que la royauté se chargera du ramassage des ordures et de leur évacuation. Une taxe est prévue pour ce service mais les propriétaires rechignent à la payer entérinant ainsi cette ordonnance.

ENCOMBREMENTS

Les rues sont encombrées par l’installation des marchandises des diverses professions (colporteurs, fripiers, charrons, …), par les échoppes qui en rétrécissaient la largeur, malgré leur interdiction en 1554, par les étals, … S’y ajoutent les animaux : pigeons, canards, et même pourceaux malgré leur proscription en 1348 renouvelée en 1502 puis en 1544. Parfois même des boeufs conduits à l'abattoir ou des chevaux qu'on mène en file à l'abreuvoir barrent le passage.

 

L’HABITAT

Au XVIe siècle l'architecture Renaissance venue d'Italie se propage en Europe. Les châteaux perdent leur fonction militaire pour devenir des résidences d'agrément et de prestige.

L’enrichissement de la noblesse de robe et de la bourgeoisie parisienne participe au développement d’hôtels particuliers comme l’hôtel Carnavalet, construit de 1548 à 1560. Ce sont des maisons individuelles avec un corps de logis principal en fond de cour.

Alors qu’il existe des constructions faites de pierres, certaines habitations bourgeoises sont composées de bois et de mortier (mélange de ciment, eau et de sable).

Les logements urbains du XVIe siècle ne diffèrent guère de ceux du Moyen Age. Sur une cour intérieure, où se trouve un puits, s’ouvrent au rez-de-chaussée, la cuisine et, à l’unique étage, les chambres à coucher. Les maisons sont hautes et collées les unes contre les autres, larges de une à trois travées (de 2 à 7 mètres) avec pignon sur rue. Un arrêt du Parlement de 1508 interdit les encorbellements pour éviter la propagation des feux et faciliter la pénétration de la lumière du jour. Vers 1500, l’usage des vitraux se développe dans les maisons citadines. A partir de 1550, chez les notables, les vitres remplacent progressivement les toiles translucides et vitraux. Le peuple occupe des logements surpeuplés et souvent insalubres alors que les riches bénéficient d’espaces importants protégés par des jardins et hauts murs. Assez généralement, la famille bourgeoise vit dans deux pièces : la cuisine où l’on mange le plus souvent, la chambre où l’on reçoit ses amis et où l’on se couche.

Peu de maisons ont des fosses d'aisances, bien que leur aménagement soit rendu obligatoire dès 1539. Généralement, tout allait au ruisseau ; Souvent même on vidait tout par les fenêtres.

Chez soi, on se contente, depuis le XVIe siècle, d'un pot de chambre qui se présente sous la forme d’un simple seau de bois ou d’un petit récipient de faïence.

La maison paysanne est généralement petite et basse. Sa construction est faite de torchis, c’est-à-dire de terre détrempée avec du foin.

La charpente y reste apparente. Le toit est de chaume, fait de paille et de joncs. Le sol des maisons reste souvent en terre battue, parfois jonché de paille et plus rarement en carreaux de terre cuite. Les murs faits de bois, de terre ou de pierre sont blanchis à la chaux.

Ces chaumières sont sombres, glaciales et inconfortables. Tous les logements sont mal chauffés, les cheminées étant peu efficaces. Il n’existe pas de pièces spécialisées. Habituellement, toute la famille vit dans une pièce unique.

LE MOBILIER

A cette époque, dans les modestes demeures, les meubles sont rares. La Renaissance fait naître cependant un véritable meuble, par la voie de la sédentarisation plus forte des occupants dans leur lieu d'habitation, la table fixe. Elle remplace la table faite d’une planche de bois, que l’on dressait sur des tréteaux (d’où expression « dresser la table ») et qui disparaissait dès le repas terminé.

On possède également des bancs et des coffres de bois - qui existaient déjà au Moyen-âge – qui remplissent le rôle d’armoires. Ces derniers sont à usages multiples. Ils enferment d’abord le trousseau de la mariée, et plus tard les vêtements de toute la famille. Ils servent d’armoire à linge, de coffre-fort, d’abri pour les documents, et aussi de siège.

De plus en plus souvent, le lit utilisé par plusieurs personnes, fait fonction de meuble principal.

Dans les riches maisons des seigneurs, nous trouvons des chefs d’œuvres des artisans et des artistes du temps. Avec le développement de la verrerie, apparaît un petit mobilier décoratif (miroirs, glaces). Les coffres sont parfois remplacés par des armoires. La chaise à bras, la caquetoire et l’armoire à deux corps puis un seul apparaît ainsi qu’une grande nouveauté d’origine italienne : la table de salle à manger. Les fauteuils apparaissent autour de la table. On use de couteaux et de cuillères mais pour manger, on se servait de ses doigts. La vaisselle est encore essentiellement de terre et parfois d’étain. Les assiettes en étain, les gobelets et les pots à boire, apparaissent d’ailleurs le mot assiette commence à remplacer celui d’écuelle. Le peuple continue de manger dans des poteries.

Pendant les XVe et XVIe siècles, l’intérieur des maisons est éclairé au moyen de torches, de bougies, de lampes à huile. Les torchères et les candélabres sont généralement en fer forgé.

SE NOURRIR

Cette époque est marquée par l’introduction de produits exotiques cacao, thé et la mise en valeur de produits locaux : viandes de boucherie et divers légumes et fruits à la mode. Mais seules les familles riches en bénéficient.

Le début du siècle voit cependant l’amélioration de la vie quotidienne des paysans : l’alimentation est meilleure et plus variée, la consommation de la viande, du pain blanc et du vin semble abondante. Selon J.M. Constant le paysan du début du siècle, « mange à sa faim » (…) reçoit des salaires confortables et paie des loyers minimes ». L’alimentation de la bourgeoisie qui commence réellement à s’émanciper à partir du XVIe siècle est très riche et avant tout composée de viande.

La nourriture se compose surtout de bouillie de céréales, de soupe de légumes et de pain, accompagnée de fruits, de quelques laitages et d’œufs. Parfois, on mange du poisson séché notamment pendant le carême et les jours maigres et un peu de porc en hiver. On cueille de la nourriture dans la forêt (des baies ou des champignons).

On voit apparaître dans toute l'Europe de nouveaux fruits et légumes. Selon les régions, débute le développement de la consommation du melon, artichaut, chou-fleur carotte, persil, aubergines, piment, fraises, framboises, groseilles.

Mais le régime alimentaire du paysan se dégrade. Vers fin du siècle, les céréales deviennent la base de l’alimentation quotidienne et la consommation de la viande se limite souvent aux seuls jours de fête. La ration de pain a été augmentée, la ration de viande et de vin a au contraire diminué. Dans le Languedoc, à la fin du XVIe siècle, la plupart des fermes n’élèvent plus qu’un seul porc par an, ce qui était trois fois moins qu’au début du siècle. La qualité baisse : vers 1580-1 590, le pain du pauvre est noir et son vin est piqué. L’un des facteurs supplémentaires de la dégradation du régime alimentaire, c’est aussi la transformation de la propriété rurale qui passe progressivement aux mains des riches propriétaires.

Les années 1515, 1521, 1531, 1563 et les deux dernières décennies des guerres de religion sont marquées par la famine qui fait mourir les plus démunis.

SE VÊTIR

Les habitudes vestimentaires changent également. L’invasion de l’Italie par les troupes françaises, influence la mode en Europe. Le luxe des costumes italiens de la Renaissance gagnent la France avec les riches étoffes colorées, couvertes de rubans et broderies aux manches tailladées… Mais dès 1527 l’importation des draps précieux est interdite dans le royaume.

En 1584, un édit interdit l’usage des dorures et le port des vêtements de luxe.  Les bourgeois aiment se distinguer par leurs costumes somptueux et leurs nombreux bijoux ; C’est une grande évolution par rapport aux siècles précédents. L’habillement traditionnel des bourgeois du XVIe siècle se compose d’une fraise (collerette plissée et empesée apparue pour les hommes sous Henri III), d’une toque en tissu (ornée parfois de bijoux et d’une plume), d’un pourpoint (sorte de gilet court rembourré d’étoupe) qui couvre le buste, de chausses de drap fin (hauts-de-chausses ou bas-de-chausses) et d’une cape assez courte avec collet et manches. En hiver, une houppelande fourrée protège du froid ;

Sous Henri III (1574-1589) les hommes, fardés, parfumés, couverts de bijoux, prennent des allures efféminées.

L’habillement traditionnel des bourgeoises se compose d’un chaperon (coiffe-bonnet à long pan derrière), d’un corsage baleiné (en pointe devant et lacé derrière), d’une longue robe ouverte devant ou d’un jupon d’étoffe précieuse, d’une mante fermée par un bijou devant ou drapée sur une épaule… et d’un caleçon sous la jupe. Les moralistes dénoncent le port du caleçon par les femmes de haute aristocratie et la braguette des hommes souvent gonflée par une coquille.

Un style plus austère marque la seconde moitié du XVIe siècle, en cause la Contre-Réforme catholique. Les couleurs se font plus sombres. L'emploi de rembourrages rend les silhouettes plus rigides. Le déclin de la puissance espagnole et la fin des guerres de religion, marquent la fin de l’austérité. Le règne d'Henri IV (1589-1610), signe le retour aux couleurs vives. En 1505, les femmes se fardent le visage en blanc

Sous Henri II (1547-59), la femme chausse de très hautes socques de liège ou chapines, tandis que l’homme porte des eschappins sans talon, tailladés sur le dessus. En 1505, les hommes sont imberbes et portent les cheveux longs avant d’adopter à la fin du siècle la mode italienne de la barbe en pointe et les moustaches à l'image du roi.

 

HABILLEMENT DU PEUPLE

Le costume des paysans doit être résistant et ne pas gêner les mouvements. Ils portent ainsi des braies, sur la chemise de grosse toile une large veste, ceinturée à la taille. La tête est couverte d’un bonnet. Les chausses sont faites en tissu ou en peau. Pendant le travail, on les détache de la ceinture pour les rouler sous les genoux. Les manches du pourpoint sont lacées sur toute la longueur. Nombreux sont ceux qui vont pieds nus.

Les femmes portent une longue robe recouverte d'un tablier, une robe de dessous plus courte et un corsage lacé. Un bonnet de drap ou de toile tombant sur les épaules protège la tête et la nuque.

SE LAVER

À partir de la Renaissance, l'eau, surtout chaude, suscite la méfiance. On pense que la dilatation de la peau par la chaleur des bains permet à la « vermine » et à la maladie de s’introduire dans les pores. La crainte de l'eau est générale à toutes les couches de la société. L’habitude des bains fréquents disparaît aussi par crainte de la syphilis supposée transmise par l’eau.

La toilette quotidienne est donc longtemps succincte. On ne se lave que le visage, les mains, le linge de corps. On se limite à ce qui se voit.

On ne prend qu’un ou deux bains par an : au XVIe siècle, il faut transporter par seaux l'eau des bains, puis la chauffer.

JOURS CHÔMÉS

Avec le calendrier religieux, la population dispose de nombreux jours de repos : tous les dimanches et tous les jours chômés obligatoirement représentent ainsi un tiers de l’année au XVIe siècle. Vers la fin du siècle, dans un souci de moralisation de la société, les municipalités interdisent l’ouverture des cabarets le dimanche et tentent de contrôler les fêtes traditionnelles.

Source Votre Généalogie n° 76

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