Légendes de Creuse : la marmite
Il y avait jadis dans un de nos villages blottis au creux de la montagne de Toulx, une pauvre chaumine lépreuse à demi enfouie sous un roncier épais où n'entraient jamais les rayons du soleil. Son unique occupante avait alors tout juste de quoi manger son pain. Chacun au pays, afin d'adoucir un peu la misère de l'infortunée, lui portait qui des raves, qui la soupe ou une ch'tite cosse pour tenir son feu.
Or, il advint qu'un soir d'hiver, tandis que la pauvresse était partie veiller chez les voisins, le feu se répandit hors la pierre du foyer et mit le feu à la maison.
Tous ceux du hameau accoururent bien vite pour porter secours. Et les uns les autres de passer les seaux remplis à la font du fossé. Et d'envoyer dans la nuit des gamins à Toulx pour mander au sacristain de sonner les cloches, et le curé de descendre la montagne pour conjurer le feu. Rien n'y fit.
La pauvre vieille hurlait, voulant à tout prix braver les flammes pour rentrer chez elle malgré les objurgations des voisins qui l'en empêchaient.
Quand l'incendie fut enfin circonscrit, la pauvresse sanglotant et tremblotant demanda aux jeunes gens qui se trouvaient là de l'aider à quérir quelque chose sous la bassie. Avec mille précautions, ils passèrent entre les débris fumants. Et là, ils découvrirent à la plus grande stupéfaction de tous, bien dissimulée sous une longue pierre grise, une marmite en fonte remplie de pièces d'or.
A la pique du jour, la vieille avare partit on ne sait où avec tout son magot, et on n'entendit plus jamais parler d'elle au pays.
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