Le bois mort issu des branches gisant au sol est un matériau presque idéal pour le feu : déjà sec, il brûle facilement et n’est pas lourd à transporter, il ne nécessite aucun instrument pour le ramasser et le casser. Dans les forêts qui ne sont pas récoltées, il y  en  a des quantités extrêmement importantes puisque tout va finir,  un jour, par devenir du bois mort. Il faut juste le récolter avant qu'il ne devienne de l'humus et qu’il soit « recyclé » par la nature en un nouvel arbre vivant.

Cette situation d’abondance d'un matériau facile et indispensable à la vie des hommes était celle du début du Moyen Age. Mais le propriétaire du sol (seigneur, abbaye...) était - et est toujours aujourd'hui - le propriétaire du bois mort présent sur ce sol. Les paysans ont très souvent obtenu des droits, dits « droits d’usage ». de récolter ce bois mort.

Très vite, sous des conditions qui se retrouvent dans un arrêté de 1853, on précisa que seul le bois gisant au sol devait exclusivement être du bois mort... de mort naturelle. En effet, il était tentant de prendre du bois mort avec une serpe pour mieux le couper et de profiter de cet outil pour faire mourir, par entaille ou écorçage, un brin de bois bien vivant. L’obligation de ramasser le bois « à la main » allait donc de pair avec l'interdiction de l'entrée de « ferrements » dans les forêts. C’était la parfaite continuation d'un article de l’Ordonnance sur les Eaux et Forêts de mars 1515 qui interdisait déjà l'abattage des arbres que l’on a fait sécher « par malice, clandestinement. »

Le bois mort a très longtemps été la principale et unique source d'énergie de tous. Les forêts de la fin du 16e siècle « grouillent de paysans ramasseurs de bois mort », rapporte un historien. Mais, lentement, la France s'enrichit et l'on commença à utiliser le charbon de terre pour se chauffer. Tout au long du 19e siècle, une immense partie de la population avait pourtant encore un besoin vital de bois mort. Cette population n'était plus « usagère » (les droits d’usage sont normalement liés à une communauté et les déplacements de population liés à l'industrialisation ne concordaient plus avec la réalité démographique).  Cette population aurait donc dû payer ce besoin vital, acheter le bois mort ! C’est son existence qui motiva, paradoxalement, l’arrêté de 1853. Ce texte était techniquement restrictif, mais il permit un accès gratuit au bois mort, dans les forêts non soumises au droit d’usage bien sûr.

En mai 1853, sous ce que l’on appelle aujourd’hui la pression sociale, le « gouvernement de l’Empereur » (Napoléon III) fut interpellé pour que soit concédée « aux populations pauvres la faculté de ramasser gratuitement les bois morts, secs et gisants dans les forêts domaniales. » Le directeur général de l’Administration des forêts fit observer que « cette tolérance ne pourrait être accordée sans précaution. » En transmettant une expédition de cet arrêté au directeur général, le ministre lui recommanda « la plus grande prudence dans l’exécution de cette mesure. Il faut éviter qu’une tolérance puisse, dans la sollicitude que le gouvernement porte aux classes malheureuses, devenir préjudicielle pour les propriétés de l’Etat. » On ne peut qu’être impressionné par cette inquiétude alors que les contraintes techniques ou réglementaires pour opérer un ramassage de bois mort étaient lourdes. On la sait motivée par le fait que le besoin restait, hélas, considérable et que les dépassements ne devaient pas rester, comme antérieurement, une habitude.

Cette ouverture des forêts domaniales n’étant pas déjà « usagères » au bois mort n’était qu’une tolérance et absolument pas un droit, comme le rappelle le jugement du 13 avril 1888 de la cour de cassation : « Le fait de ramasser du bois mort dans une forêt constitue le délit prévu par l’article 194 du Code forestier, et le prévenu ne peut être relaxé sous prétexte qu’indigent, il croyait user d’un droit appartenant aux pauvres et qui n’avait jamais été contesté antérieurement. » Dans les faits cités, « il n’y a qu’une tolérance précaire qui, si ancienne qu’on la suppose, ne peut fonder aucun droit. » Quand un hiver exceptionnel se produisait, une circulaire du directeur des Forêts faisait appel à une large tolérance de la part de ses « agents et préposés » (les ingénieurs et gardes forestiers). Celle du 19 janvier 1891 est on ne peut plus éloquente sur ce besoin indispensable à la toute fin du 19e siècle pour toute une partie de la population.

Chez nous, depuis peu, le regard sur le bois mort a changé. Nous le voyons plein d’insectes et de champignons qui s’en nourrissent et qui caractérisent une gestion durable de nos ressources naturelles, n’épuisant pas les sols ni la diversité biologique. Nous sommes bien loin des ramasseurs et ramasseuses de bois mort. Mais on peut affirmer que la quasi-totalité de nos ancêtres a ressemblé à ces enfants lorrains photographiés vers la Grande Guerre. On aurait pu prendre des photos presque identiques il y a 6 ou 7 siècles. Comme on peut prendre les mêmes, actuellement, dans nombre de pays parfois proches du nôtre.

 

 

enfants ramassant du bois mort (XIXe siècle)
enfants ramassant du bois mort (XIXe siècle)

enfants ramassant du bois mort (XIXe siècle)

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