Vers 1870 autour d’Ambert [Puy-de-Dôme, la plupart des enfants de paysans ne vont pas à l'école ; pour ne pas à être à charge et même rapporter un peu comme aides familiaux, ils sont gagés souvent loin de chez eux. Ces petits métiers dans lesquels sont placés les enfants de 5 ou 6 ans sont une tradition pluriséculaire : Valentin Jamerey-Duval avait déjà été gardien de dindons en 1708. Chez les Sylvère, c’est à la faveur d’une explication donnée à Antoine par son père, vingt-cinq ans plus tard que ce passé resurgit.

 

« Mon père se chargea de me faire comprendre que, de son temps, les garçons de mon âge gagnaient déjà leur vie dans le Forez, en gardant les dindons. Il n’arrivait jamais qu’on maintînt à l’école un gaillard de ma force pour le faire vivre comme un rentier. Le Vialatte de Germanangues, par exemple avait été loué pour dix sous par mois et une paire de sabots tous les trois mois. Son maître lui faisait conduire des harcelles de fumier (petits tombereaux à deux roues) si chargées qu’il en avait son plein corps pour les basculer. Il en pleurait de rage tellement il était courageux. Il avait bien trente-cinq ans maintenant, le Vialatte. et il n’était pas plus grand que moi. Il ne deviendrait jamais grand, tant s’était donné de mal quand il était gamin.

(Antoine Sylvère, Toinou..., 1980. 85).

 

 

A 5 ans : gagner sa vie en gardant les dindons
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