la femme et le petit bétail
En ville comme à la campagne, beaucoup de femmes s’occupent des animaux.
Dans les villages, chaque demeure, chaque logement, est en même temps une petite exploitation, une petite ferme. En effet, rares sont les maisons dépourvues de basse-cour ou d’une étable. On se souvient que, jusqu’au 19e siècle, 85 % des habitants sont alors des ruraux, à ne pas confondre avec les paysans qui, contrairement à ce qu’on affirme souvent, ne dépassent guère la moitié de la population rurale. Les ruraux vivent à la campagne mais ne vivent pas du travail de la terre ou de l’élevage. Parmi eux abondent les artisans, les commerçants, les titulaires d’un petit office (sergent, garde forestier...)
En ville, les activités d’élevage sont fréquentes aussi. Les écuries sont nombreuses à proximité des auberges, des hostelleries, des relais de poste. L’élevage est d’autant plus pratiqué en ville que des réserves d’animaux sont indispensables en cas de siège.
On n’imagine plus aujourd’hui le grand nombre de gens y élevant alors des animaux. A Besançon, qui, au 16e siècle, n’a guère plus de douze mille habitants, il n’y a pas moins de 3 600 ovins à l’intérieur de l’enceinte en 1581 ! Nombreuses sont les femmes ayant des moutons ou des brebis. Par exemple, dans le quartier de Battant, « La Ramelle » en a quinze et « la fille de la Ramelle » autant. A Charmont, la veuve Jehan de France en élève cent, la veuve de « Chier Quatre Sols » (probablement une enseigne de taverne) en a quatorze aussi.
« La Izabelz Ratelot » en possède six, la veuve Mion, pas moins de trente-six, la veuve « Chier Graumon » vingt-cinq et la veuve de Piquel dix-huit. Dans la rue de Glère, la veuve Guillaume Duchot élève douze moutons.
L’étude des archives et de l’iconographie montre que les femmes sont exclues de certaines tâches agricoles. En ce qui concerne l’élevage, elles ne gardent pas les troupeaux de gros cheptel, mais seulement le menu bétail : moutons principalement.
Les femmes effectuent un certain nombre de tâches relatives à l’élevage des ovins. Cela comprend le nettoyage des bergeries : à Vers-en- Montagne, en 1522, quatre femmes veuves sont rémunérées pour « getter le fumier et nettoier l'estrable es moutons de la grange ».
Les ovins, et notamment leur tonte, sont une affaire mixte dans laquelle les femmes semblent de plus en plus présentes en compagnie des hommes. On le voit sur de nombreuses enluminures de la fin du Moyen Age et de la Renaissance.
Certaines tâches sont plutôt réservées aux femmes. Lorsqu’on tue le cochon, c’est la femme qui recueille le sang, grille les soies et prépare les abats. Si la mise à mort du cochon est toujours exécutée par un homme, le plus souvent seul, une femme est fréquemment présente à ses côtés pour lui apporter son aide.
S’il est assez exceptionnel que la fermière soit chargée de maintenir l’animal immobile, d’autres tâches lui incombent, surtout dans les enluminures produites à partir du 14e siècle. Par exemple, tandis que l’homme est en train d’égorger la bête, la femme recueille son sang à l’aide d’une poêle à manche long. Protégée par un long tablier, elle soutient le récipient sous la blessure du porc. C’est très net sur de nombreuses illustrations, en Flandre ou ailleurs.
Ce sont les femmes, seules, qui s’occupent de la traite des animaux : vaches, brebis, chèvres. Une scène d’un Livre d'Heures du diocèse de Besançon, daté de 1540, représente une femme assise qui trait une vache. A côté, une autre femme debout baratte la crème pour en faire du beurre.
Les femmes règnent donc sur les soins au petit bétail ovin et sur la production du lait, mais encore sur le barattage de la crème pour obtenir le beurre, sans doute moins sur la confection du fromage.
La basse-cour est aussi une affaire de femme : depuis la volaille jusqu’au porc. La vente des produits de la ferme au marché, sauf le gros bétail, est aussi une spécialité féminine. Toutes ses fonctions bien spécifiques apparaissent nettement dans l’iconographie : « Ce sont encore les femmes qui s'occupent de la volaille à la ferme : elles la nourrissent mais aussi la surveillent. Déjà au 9e siècle, dans une marge de la Bible de Charles le Chauve, une paysanne distribue des graines aux poules. Au 14e siècle, dans la marge du Psautier de Luttrell, la fermière, entourée de sa basse-cour, la quenouille enfilée sous la ceinture, verse une écuelle dans une petite mangeoire. D'autres fois, elle menace de sa quenouille des volailles qui se disputent une graine ou des coqs qui s'affrontent, comme dans le Bréviaire de Marguerite de Bar. C’est toujours la fermière qui visite le poulailler et qui ramasse les œufs des poules et des oies. Parfois, elle grimpe sur les barreaux d’une échelle pour atteindre les nichoirs les plus hauts et tend avec précaution les œufs à une compagne. Dans un autre manuscrit, la paysanne fait sa tournée en compagnie de sa fille. »
S’occuper des animaux signifie aussi récupérer les produits dérivés, les peaux par exemple. Vers 1656, la femme de Toussaint Naidet, à Gruey, dans le bailliage de Vauvillers (dans l’actuelle Haute-Saône, près des Vosges), écorche des bêtes mortes d’une maladie contagieuse pour en récupérer la peau.
Enfin, la garde des troupeaux et la tonte sont souvent des occupations féminines. Ainsi, dans la vallée du Doubs, à Baume-les-Dames, les habitants restent en conflit avec l’abbaye pendant une dizaine d’années, de 1525 à 1536 pour le moins. L’affaire, qui implique « les femmes du lieu » protestant au sujet de la garde des animaux sur les pâturages, remonte jusqu’au gouvernement de Marguerite d’Autriche puis de Marie de Hongrie étant donné que les choses s’éternisent.
Les seigneurs laïcs et ecclésiastiques emploient souvent des bergères, des gardiennes de troupeaux. En septembre 1649, l’abbaye Saint-Vincent de Besançon donne par exemple la somme de vingt gros « a la bergere de Devecey, pour la garde de ses bestes dudit lieu, pour un mois et demy a raison de six blancs par beste ».
En définitive, nous saisissons peu de différences entre les travaux des hommes et ceux des femmes en matière d’élevage. Il y a un partage des tâches, une complémentarité, mais la femme y participe pleinement.
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