Le dimanche 17 juillet, à la suite des réjouissances organisées à Vesoul pour fêter la prise de la Bastille et le rappel de Necker, des soldats en garnison, mêlés à quelques habitants du pays, se rendent le soir aux portes de la ville, à Quincey (Haute-Saône), petit village de moins de 500 habitants, pour fêter les récents événements. La foule est grande dans le château de Jean de Mesmay, conseiller au Parlement de Besançon, qui invite à boire soldats et paysans. Peu avant minuit, comme on traverse le jardin, un baril de poudre explose dans la resserre : le bâtiment saute, cinq hommes sont tués et beaucoup d’autres blessés. C’était un accident mais un seul cri fuse : on a attiré le tiers état dans un abominable guet-apens. Le prétendu « attentat » de Quincey est un « complot aristocratique » : des bandes de brigands à la solde des privilégiés vont dévaster les granges et couper les blés alors que de Versailles, les bruits circulent sur la résistance des deux premiers ordres aux vœux du tiers état, l’Assemblée Constituante ne pouvant donner suite aux cahiers de doléances. Cette prétendue marque de la « barbarie nobiliaire » met le feu aux poudres de la révolte agraire qui secoue d’abord la Franche- Comté avant d’engendrer la Grande Peur dans l’Est et le Sud-Est, de l’Alsace au Vivarais. Après Georges Lefebvre, l’historien russe Anatoli Ado souligne le mécanisme de cette vaste « offensive paysanne contre l’Ancien Régime ».Flabécourt

« Persuadés que l’explosion résultait d’un noir dessein du seigneur, les paysans (mais qui sont-ils au juste ?) mettent le feu au château [de Quingey] et, le lendemain, pillent le domaine. Le 21 juillet, toute la région se soulève. Le château de Saulcy, situé à l’est de Vesoul, est incendié le même jour ; les 21 au 22 juillet, on met le feu aux archives de l’abbaye de Lure et celle de Bithaine est détruite. Jusqu’au 3 août, six châteaux encore (Saulx, Montjustin, Mollans, Genevreuille, Francheville, Châtenois) sont détruits ou subissent des attaques. L’insurrection atteint la rivière Ognon où elle est arrêtée par un détachement de cavalerie venu de Belfort.

Au nord elle s’étend à toutes les régions, dépassant les frontières de la Franche-Comté pour entrer par le su par le sud en Lorraine.  Les abbayes de Clairefontaine, de Faverney, de Luxeuil, les prieurés des bourgs de Fontaine et Hérival sont attaqués ; à Remiremont les paysans des environs exigent du magistrat municipal qu’il renonce aux droits féodaux. A l’ouest de la Saône, on assiège les abbayes de Flabécourt et de Morizécourt. A l’ouest et au sud-ouest de Vesoul, les paysans attaquent des châteaux dans les paroisses de[DB1]  Scey-sur-Saône, de Frasne et l’abbaye de la Charité. A Beaulieu les paysans contraignent les moines à renoncer à un procès sur les droits d’usage. Au sud et au sud-est, l’insurrection s’étend à la vallée de l’Ognon, franchit le Doubs près de Beaume-les-Dames. Entre les 26 et 29 juillet, les paysans exigent les terriers de Lieux-Croissant, La Grâce-Dieu, Chaux et Lanthenans.

D’après les données des contemporains, 40 châteaux et demeures seigneuriales subirent l’offensive des paysans.


 [DB1]

17 juillet : 1789, l’attentat de Quincey (Haute-Saône)
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