Emeute à Raon-l'Etape (2)
Voici une autre version sur la façon dont la bagarre aurait commencé. Le brigadier de gendarmerie Riette, de Nancy, détaché aux grèves, voulut arrêter un manifestant au moment du passage du cortège. Le brigadier fut frappé et roula à terre. Deux gendarmes, dont un de Nancy, se portèrent ù son secours et maintinrent pendant quelque temps les manifestants en respect.
Le capitaine de gendarmerie Tavemier, de Lunéville, qui était à pied, intervint ; il fut entouré, lui aussi, et frappé à coups de pierres. il a reçu trois sérieuses blessures à la tête. Trente gendarmes, qui l'entouraient, furent plus ou moins contusionnés.
Les chasseurs à cheval qui reconduisaient le sous-préfet, survinrent alors et tirèrent. Il parait certain que les sommations ont été faites.
Outre le capitaine Tavernier, de Lunéville, ont été blessés à la tête et sur diverses parties du corps, le brigadier Riette, de Nancy ; le gendarme Dormoy, de Lunéville (a reçu un pavé qui lui a brisé la racine du nez) ; Roussel, de Cirey (tibia fracturé) ; Perrin, de Baccarat (genou fracturé) ; Naudin, de Bayon (les deux cuisses traversées par un projectile. C'est le gendarme dont le bruit de la mort a couru).
Les obsèques des victimes ont lieu demain mardi.
Le capitaine Jobin, de Toul remplace le capitaine Tavernier. Il y a à Raon trente gendarmes à cheval, trente gendarmes à pied des brigades des Vosges ; deux escadrons de cavalerie de Lunéville ; des chasseurs à pied de Saint-Dié. Baccarat et Saint-Nicolas.
Raon-l'Etape, lundi, 4- h. 1/4- soir. Après une première échauffourée avec les gendarmes, un chef d'escadron de chasseurs a cheval, de Lunéville, vint à leur secours.
Il s'avança courageusement au-devant des grévistes et leur conseilla de rester calmes, leur faisant remarquer les graves incidents qui pourraient se produire au cas où ils ne voudraient pas entendre la voix de la raison.
Mais les grévistes qui marchaient en tête lui répondirent : « Tant que vous aurez des sabres, nous n'avons pas à parlementer avec vous. »
En présence de cette réponse, et pour essayer tout de même d'éviter toute collision,
le chef d'escadron donna l'ordre à ses chasseurs de se porter en arrière.
Mais les cavaliers avaient â peine tourné bride, que les grévistes s'emparant de matériaux divers de construction-, leur lancèrent des moellons, des pierres et des rondins.
Excédés, quelques soldats firent face aux grévistes. Leurs camarades les imitèrent.
Les gendarmes à cheval vinrent au secours des chasseurs, et c'est dans ce pêle-mêle,
au milieu des cris, des injures, des projectiles de toutes sortes, que, sans qu'on sache bien au juste dans quelles circonstances exactes, les premiers coups de feu furent tirés.
Au dernier moment, on m'annonce que la grève s'étend à tout le pays.
Aux ouvriers de la fabrique Amos, se sont joints ceux des carrières Ramu (carrières de granit) au nombre de 400, ceux des papeteries d'Anould, au nombre de 800 et ceux des scieries Lecuve, également an nombre de 600, soit un total de 2,000 grévistes.
Demain, dit-on, il faudra y ajouter les ouvriers du. bâtiment de la région.
On redoute de nouveaux incidents et des renforts importants de troupes sont attendus.
Une dépêche particulière arrivée de Raon, dit qu'il y aurait bien cinq morts.
Raon 4 heures, soir.
Nous apprenons que malgré les événements de dimanche, que rien ne faisait prévoir, M. Frédéric Amos maintient son désir d'entente et qu'il aurait volontiers une entrevue, dans la journée de demain, mardi, avec les délégués des grévistes. Mais celte proposition ne saurait aboutir, si la grève se généralise et s'étend à toutes les asines de la vallée — voire à celle du Rabodeau, comme en court le bruit.
Raon, 4 h. 45 soir.
Lundi, à 11 h.50, est arrivé le général de Laslours, commandant la division de Lunéville. A son arrivée à la gare, de nombreux grévistes crièrent : « A bas le 17e chasseurs à cheval ». Le général de Lastours voulut faire procéder lui-même à l'arrestation des individus qui criaient, mais il fut malmené. On n'a pas pu opérer d'arrestation.
A l'arrivée du 20e bataillon de chasseurs à pied, de Baccarat, le commandant et !e capitaine ont été malmenés. Un gréviste a essayé d'arracher la croix
du commandant. Grâce au sang-froid du commandant, il n'y a pas eu d'incident plus grave.
Deux enfants tués
Parmi les victimes d'hier sont deux enfants, Henri Lamont, âgé de 4 ans, et un de ses petits camarades. Cette information ne sera pas confirmée. Il apparaitra plus tard qu’un enfant est décédé ce jour-là, mais de maladie.
Ces évènements causèrent une profonde émotion. Tous furent frappés d’une sorte de stupeur, se demandant comment une telle chose avait pu se produire dans une ville si paisible.
Sous le coup de cette émotion, une entente se fit et le travail reprit. Cependant le feu couvait sous la cendre et bientôt la grève recommença. De nombreux militaires (chasseurs, dragons, gendarmes) arrivèrent. La ville sembla être en état de siège. Une partie des ouvriers reprit le travail, protégés par la troupe qui gardait les rues. Les autres continuèrent à se livrer à des manifestations tapageuses. Puis le temps passa, conduisant à la lassitude, donc au calme. Des pourparlers s’engagèrent, des concessions réciproques furent faites et la vie à Raon retrouva son cours normal.
/image%2F7060309%2F20250407%2Fob_4a020d_raon-2.jpg)
/image%2F7060309%2F20250407%2Fob_c2409d_raon-3.jpg)