la famille sous l'ancien régime : 1 - les parents
La composition de la famille évolue dans le temps. Autrefois, le ménage ne se compose pas seulement du couple conjugal avec ses enfants. Il se définit comme une famille au sens élargie rassemblant tous ceux qui vivent dans la même maison, sans forcément être tous liés par les liens du sang ou de l’alliance (collatéraux, domestiques, enfants en nourrice...).
Mais sous l’Ancien Régime, le type de ménage le plus fréquent est constitué par la famille conjugale qui se limite aux parents et aux enfants. La famille nucléaire constitue la norme. Il existe cependant des exceptions, comme dans le Midi, où la famille élargie est un modèle commun. Le but est de préserver la propriété. Dans le Midi, le Centre et l’Ouest, deux générations de couples, parents et enfants, avec leurs propres enfants cohabitent souvent ou des collatéraux, mariés ou non, etc. Sur les grandes exploitations du Nivernais, du Bourbonnais ou du Limousin, une trentaine de personnes toutes apparentées peuvent cohabiter sous le même toit.
A côté des familles conjugales et élargies, apparaissent des ménages complexes qui rassemblent des enfants issus de mères ou pères différents suite aux remariages après veuvage. Au XVIIe siècle, un mariage ne dure pas plus de vingt ans en moyenne. Plus d’un mariage sur quatre est rompu précocement par la mort d’un des époux. Tout autant que le mariage, le remariage est une nécessité. Le survivant doit trouver une nouvelle mère ou un nouveau père pour les enfants et reconstituer une cellule familiale, une femme à la ferme, un homme aux champs. Ces remariages sont souvent très rapides. Moins de six mois pour un tiers des remariés, moins d’un an pour les deux-tiers, chez les femmes, deux ans. Aucun délai de viduité n’est imposé par le Droit canonique. En pays de droit écrit cependant la veuve qui se remarie dans l’année de deuil est privée de tous les avantages reçus de son premier époux. En Pays coutumier « l’an de viduité n’est que bienséance ». Un mariage sur quatre au moins est un remariage. Au XVIIe siècle, 32 % des mariages impliquent au moins un veuf ou une veuve. Jusqu’au milieu du XVIIle siècle, 30 à 40% des mariages sont des unions dans lesquelles au moins l’un des deux conjoints est veuf. Puis à partir de 1730, avec la baisse du La taille moyenne des familles diminue avec le temps. Le nombre d’enfants par ménage n’a cessé de diminuer. Il passe en moyenne de 6,2 en 1670, à 6 en 1720, à 5,8 en 1740-1769, à 4,6 en 1790, à 3,4 en 1851, à 2,7 en 1870, à 2,2 en 1896 et à 2 en 1900.
Le père
L’homme est souvent chef de famille. Père et mari, il apparaît comme « un monarque domestique », c’est le maître de la maison, celui qui dirige l’unité domestique et l’activité économique. Il gère les biens du couple, il n’a pour interdiction que celle de dilapider la dot de sa femme. Il teste devant le notaire et agit en justice. Dans le couple, il est celui à qui est confiée l’autorité. Ses pouvoirs sur sa femme et sur ses enfants se renforcent à partir du XVIe siècle. Dans les pays de droit écrit, le père détient sur ses enfants une puissance viagère (qui ne prend fin qu’à son décès ou par le jeu d’une émancipation possible, elle doit être expresse). Dans les pays de coutume, au 16 et 17e siècles, il exerce son autorité paternelle jusqu’à la majorité de l’enfant (25 ans) ou quand il se marie (quel que soit son âge). Il n’a sur ses enfants mineurs qu’un simple droit d’administration. Quelques coutumes du centre de la France accordent au père l’usufruit des biens de l’enfant mineur.
Dans le Nord comme dans le midi, le père peut corriger ses enfants, les interner, les envoyer en prison ou au couvent sans véritable motif.
Sous la Révolution, la puissance paternelle diminue. Les lettres de cachets permettant l’enfermement des jeunes récalcitrants sont supprimées, un Tribunal de la famille (présidé par des juges de paix) est institué (août 1790) : on lui confie la faculté de faire incarcérer l’enfant, de condamner le mineur à des peines d’un an maximum.
la mère
Sa vie se résume souvent en une succession de couches, ponctuée de décès. Cantonnée à des tâches spécifiques, aux travaux domestiques, à l’administration de la maison, aux soins du ménage, à l’éducation des enfants, ses perspectives ne sont pas bien grandes. Dans le cadre domestique, où elle ne perçoit pas de salaire, elle est confinée aux tâches subalternes : cuisine, provisions, ménage, fabrication des chandelles, du savon ; elle a la charge des travaux de la ferme et du potager (recherche de l’eau, collecte du bois, garde des animaux domestiques) ; elle va vendre au marché les produits de la ferme. Dans certaines régions, elle participe aux activités agricoles ou artisanales de l’exploitation familiale ou exerce un travail indépendant pour compléter les maigres ressources financières du foyer. Parallèlement à cette sexualisation des tâches, ses droits continuent de se rétrécir. Au moyen Age, la femme bénéficie de droits et libertés assez importants. Elle peut gérer ses biens, agir en justice . la femme noble siège avec son mari au tribunal, remplace son mari dans les transactions, dans la direction du château quand celui-ci est absent ou incapable. Sous l’ancien régime, ses droits et libertés lui sont progressivement contestés puis supprimés. Les légistes du XIVe siècle empruntent au droit romain l’idée de la fragilitas sexus pour justifier cette régression de la condition féminine. Une famille patriarcale se met en place. La femme mariée devient une incapable. L’épouse est soumise à son mari, se doit de servir son mari, être une épouse modèle, être une bonne mère. Dans les pays de coutume, elle doit avoir l’autorisation de son mari pour faire tout acte de disposition. Elle est frappée d’une incapacité juridique sur ses biens propres. Dans les pays de droit écrit, le régime dotal lui est plus favorable, mais est assorti de clauses restrictives sur ses pouvoirs en plus d’une dépendance personnelle sanctionnée par le droit de correction de son mari sur elle.
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