Le livret ouvrier a été créé sous Bonaparte. Il constitue un moyen de contrôler l’ouvrier. Tout ouvrier doit se munir d’un livret. Il doit le présenter à chaque embauche à son patron et il est tenu, à chaque fois qu’il change d’employeur, d’y faire inscrire la date de début et de fin d’emploi. En cas de conflit, l’employeur conserve le livret ou l’annote « négativement », empêchant ainsi l’ouvrier de retrouver du travail. Il est donc à la merci des humeurs de son patron. Le livret devient une véritable arme de surveillance des patrons sur l’ouvrier. La liberté de circulation de l’ouvrier en France se trouve dès lors restreinte. Impossible de quitter son emploi ni d’être employé sans « ce passeport ».

Le livret était délivré par les maires ou, comme à Paris, était attribué par les préfets de police et dans les chefs-lieux dont la population dépasse 40 000 âmes par les préfets de département, moyennant 75 centimes.

L’ouvrier devait le faire viser par le maire ou le préfet à chaque fois qu’il désirait changer de commune, après avoir précisé dans quelle ville il voulait se rendre. Le visa n’avait de valeur que pour les destinations précisées. « Tout ouvrier qui voyagerait sans être muni d’un livret ainsi visé sera réputé vagabond, et pourra être arrêté et puni comme tel ». La peine consistait le plus souvent en une amende de 1 à 15 F, mais dans certains cas, une peine d’emprisonnement pouvait être prononcée ; sa durée cependant n’excédait pas cinq jours.

Si l’ouvrier perdait son livret, il lui était interdit de travailler et de quitter la commune du dernier domicile. Un chef d’établissement ne pouvait de toute façon pas employer d’ouvrier qui ne soit pas porteur d’un livret en règle. L’ouvrier se devait donc d’attendre l’obtention d’un nouveau livret.

Le livret est supprimé sous la IIIe République par la Loi du 2 juillet 1890.

Le livret se présente sous la forme d’un petit carnet d’une dizaine à une quarantaine de pages selon les époques. Y sont présentés les articles de la loi du 22 Germinal an XI, ceux de l’arrêté du 9 frimaire an XI.

Grâce à ce livret, le chercheur peut découvrir, outre l’identité de l’ouvrier, donc le nom et le prénom, le lieu de naissance et selon les époques la date de naissance et le domicile ainsi que la désignation de sa profession. Le signalement de l’ouvrier, précieux pour le généalogiste, est très détaillé à l’instar d’un livret militaire ou d’un passeport : âge, taille, front, cheveux, sourcils, yeux, nez, visage, bouche, menton et signes particuliers. À cela viennent s’ajouter les noms de ses différents patrons, s’il est acquitté de ses engagements, s’il a remboursé les avances, les raisons de son départ ou de son renvoi, les dates de début et fin d’emploi.

 

gendarme vérifiant un livret ouvrier

gendarme vérifiant un livret ouvrier

Le livret ouvrier


 

 


 

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