Ils venaient de toutes les communes de la Creuse, ils allaient dans tous les départements de France, pas seulement à Paris et Lyon. Le voyage des « maçons de la Creuse », de mars à décembre, n’avait rien de touristique. L’état des routes était loin d’être celui que nous connaissons aujourd’hui. Vers 1550, on pouvait estimer à seulement 25 000 km la longueur totale des routes en France, la chaussée, qui était pavée ou empierrée, avait de grands accotements latéraux qui élargissaient la voie, la circulation y était souvent tributaire du temps. Sous Louis XIV et grâce à Colbert, le réseau routier connut sa première grande transformation avec la création d'une administration autonome qui devait devenir les Ponts et Chaussées. Sous le règne de Louis XV, on met en œuvre les « chemins ferrés », un procédé qui consistait à donner à la chaussée des fondations bombées, recouvertes d'une épaisse couche de pierraille supportant une surface d'usure faite de sable. Pendant la Révolution, on ne s'occupe guère des routes, et sous le Consulat, dès 1799, Bonaparte ordonne la remise en état de 20 routes sur l’ensemble du territoire. Doit-on rappeler, qu’en 2021, nombreux sont encore les Creusois qui ont connu des routes communales importantes non goudronnées. (ex : le mot goudronnage n’apparaît dans les délibérations de la commune de La Rochette qu’en 1955). Le voyage des « maçons de la Creuse » se faisaient quasi exclusivement à pied et très souvent en petites bandes, par village, par commune, sous la direction d’un maître-maçon, par métier, par destination... L’apparition progressive de moyens de locomotion, diligence, trains…, réduira les parties pédestres et rendra le voyage moins pénible. Les voyages vers Paris et Lyon sont bien connus et auraient tendance à laisser croire que ces deux destinations étaient les seules. Mais, comme on le verra lorsqu’on abordera leurs chantiers, le marché du travail était leur véritable guide. Ils allaient où les grands investissements nationaux ou privés les attiraient. Un canal, un château, une ligne de chemin de fer, une usine, un village détruit… ou une simple maison, une mare, un puits, une cheminée, un four… à construire et, leur réputation aidant, ils arrivaient. Nous avons trouvé au moins un maçon-migrant dans chacun des départements français. Paris – Lyon – la Bourgogne sont des destinations bien connues de tous, d’autres régions ont aussi attiré les maçons creusois. Par exemple le Nord et l’Est, fin XIXe et début XXe, avec le développement des grands bassins miniers et sidérurgiques et avec les travaux militaires avant la guerre et de reconstruction après.

Leur itinéraire passe également souvent à l’écart des grands axes, sur des sentiers d’animaux, et leurs heures de repos dans des auberges bruyantes, au confort modeste et à la propreté douteuse sont peu propices à la récupération. L’usage des voitures publiques, puis du train, là où ils existaient, pouvait être de mise sur la fin de la période migratoire, toute fin du XIXe siècle. Un gain de temps et moins de fatigue, pour plus de productivité à l’arrivée. Voyager en bande était gage de courage et de réconfort pour les plus jeunes, d’entraide et de solidarité pour les plus anciens, de sécurité pour tous. Beaucoup ne parlaient que le patois, beaucoup étaient plus ou moins illettrés, certains ne savaient même pas signer… Être en bande facilitait la communication. Être en bande permettait d’éviter les bandits de grands chemins sur la route ou dans les auberges quand la fatigue rendait le sommeil très lourd, notamment pendant le voyage retour lorsque les bourses étaient censées être bien garnies. Mais être en bande, c’était aussi se protéger des loups, nombreux et dangereux à l’époque en France et faire face aux intempéries.

Les maçons de la Creuse – les conditions de voyage

en vert, lieux d'émigration

Leur itinéraire passe également souvent à l’écart des grands axes, sur des sentiers d’animaux, et leurs heures de repos dans des auberges bruyantes, au confort modeste et à la propreté douteuse sont peu propices à la récupération. L’usage des voitures publiques, puis du train, là où ils existaient, pouvait être de mise sur la fin de la période migratoire, toute fin du XIXe siècle. Un gain de temps et moins de fatigue, pour plus de productivité à l’arrivée. Voyager en bande était gage de courage et de réconfort pour les plus jeunes, d’entraide et de solidarité pour les plus anciens, de sécurité pour tous. Beaucoup ne parlaient que le patois, beaucoup étaient plus ou moins illettrés, certains ne savaient même pas signer… Être en bande facilitait la communication. Être en bande permettait d’éviter les bandits de grands chemins sur la route ou dans les auberges quand la fatigue rendait le sommeil très lourd, notamment pendant le voyage retour lorsque les bourses étaient censées être bien garnies. Mais être en bande, c’était aussi se protéger des loups, nombreux et dangereux à l’époque en France et faire face aux intempéries.

Les maçons de la Creuse – les conditions de voyage

auberge au 18e siècle

 

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